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La petite voix d’Iséo…

La petite voix d’Iséo

 

iseo 1960

Le Lac d’Iséo (Italie), 1961

        J’ai cinq ans, je suis en vacances en Italie au bord du lac d’Iséo en compagnie de mes parents, ma sœur cadette, les amis de mes parents et leurs deux garçons de trois et quatre ans, mes « frères de cœur ».

Nous sommes à la fin d’un mois d’août unique au cours duquel mon père n’a

cessé de jouer avec moi dans l’eau tout en m’apprenant à nager…

 

Les vacances touchent à leur fin et pour la plus grande joie des enfants,

nos parents ont décidé de nous offrir un petit canot gonflable afin de mieux

profiter des dernières journées qu’il nous reste à passer tous ensemble

au bord du lac.

Ainsi, toujours accompagnés d’un parent attentif et bienveillant, nous sommes

invités un à un à essayer la nouvelle embarcation.

Durant de longs moments, nous profitons, plein d’enthousiasme, de cette

joyeuse promenade aquatique improvisée…

Aucun d’entre nous  ne cèderait son tour pour rien au monde !

Du haut de mes cinq ans, ce « nouveau  jeu » sur ce lac immense à mes yeux

d’enfant est déjà toute une aventure.

Mais attention, pas question de jouer au capitaine solitaire…

« Sylvaine, tu ne peux pas prendre le bateau toute seule, tu ne sais pas

encore suffisamment bien nager, ce serait trop risqué… »

m’explique patiemment mon papa.

 

C’est pourtant bien à la fin de cette belle après-midi d’été que je réussi

à échapper à sa surveillance en parvenant à traîner le canot jusqu’à l’eau…

Hop là, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, me voilà hissée à bord

de l’engin flottant et cap vers l’aventure !

A genoux, à l’avant de ma petite « coque de noix », mes bras dans l’eau

en guise de rames, le bateau glisse lentement sans bruit sur cette eau

paisible…

Un sentiment à la fois de liberté et de fierté m’envahit…

Me voilà seule maître à bord sur une « mer » sans ride, inondée d’une belle

lumière estivale, où les bruits du rivage, d’abord proches, s’estompent

progressivement…

Cette petite brise de liberté me pousse à palmer de plus en plus

énergiquement vers le large…

Pas la moindre vaguelette pour ralentir ce qui, faut bien le dire, est ma

première traversée en solitaire…

 

Mais soudain, brusquement, sans doute trop penchée vers l’avant, ma légère

embarcation bascule par-dessus tête et me recouvre complètement en un

instant.

Me voilà bel et bien prisonnière de mon joli bateau…

La tête à l’abri dans la poche d’air faite par la coque retournée, une peur

paralysante me gagne…

Quelques secondes, quelques minutes, une éternité… difficile d’estimer ce

temps hors du temps durant lequel cette peur paralysante m’empêche d’agir…

Finalement une petite voix intérieure se fait entendre et me souffle à l’oreille

que pour parvenir à me libérer de cette « prison flottante » une seule

solution possible; plonger la tête sous l’eau afin de ressortir libre de l’autre

côté…

Sans plus attendre,  je prends alors une grande bouffée d’air, retiens mon

souffle, ferme mes yeux, compte… « 1 »…,  « 2 »… puis à « 3 » me lance !

Ouf !

Ça y est, j’y suis arrivée, j’ouvre un œil, regarde rapidement autour de moi

et aperçois, comme dans un rêve, celui que je devine être mon père

et qui nage à grandes brassées dans ma direction…

Sans réfléchir, je décide alors de reproduire les mouvements tant répétés ces

dernières semaines pour tenter de me rapprocher de lui…

Mon cœur bat la chamade, mon souffle est court, mes mouvements sont

désordonnés  mais je parviens malgré tout à rejoindre à mi-distance mon

« premier maître nageur »  et termine en nageant à ses côtés

la « longue route » qui nous sépare encore de la rive…

 

De retour à terre, essoufflée, grelottante, à bout de force, mon père

me dit alors très ému :

« Bravo Sylvaine, je suis fier de toi, maintenant je sais que tu sais nager ! »

   

L’enseignement que j’ai tiré de cette première « fortune de mer » est, qu’en

toutes circonstances, il ne faut  jamais céder à la panique, car la solution

est en nous, il suffit juste de « s’arrêter » et de prendre le temps d’écouter

« sa petite voix »… ce joyau de l’esprit présent en chacun de nous.

 

Ce souvenir, cher à mon cœur, ne m’a jamais quitté. Il m’a « portée »

à maintes reprises et dans des situations parfois limites, notamment en mer,

ma passion de toujours,  où jamais la peur ne m’a empêchée d’agir ;

chaque fois  la « petite voix » confiante  et rassurante a su me guider… 

                                                                                      Sylvaine.

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« Pour trouver le joyau, il faut apaiser les ondes

car il est difficile de le trouver en agitant l’eau.

Quand les eaux de la méditation sont calmes et limpides,

le joyau de l’esprit est visible naturellement.

Si un joyau tombait dans une fontaine, la plupart des gens se jetteraient

à l’ eau et la tourmenteraient jusqu’à ce qu’elle devienne trop trouble

pour y trouver autre chose que des cailloux.

Mais le sage, lui, attendrait que l’eau se calme

pour permettre au joyau de briller par lui-même. »

Roshi Yamada, Maitre Zen

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